« Cherche le besoin médical, tu trouveras la voie. » Guillaume Petit-Pierre, CEO d’Artiria Medical
Alumnus de l’EPFL, Guillaume Petit-Pierre est aujourd’hui CEO de la start-up Artiria Medical qui propose un dispositif souple et ingénieux permettant de naviguer avec aisance dans les cavités intracérébrales les plus tortueuses afin d’atteindre les AVCs. Voici le parcours d’un multi actif qui se défend d’être hyper actif.
Guillaume Petit-Pierre a effectué une grande partie de son parcours académique à l’EPFL, où il débute par un Bachelor en génie mécanique. Il poursuit sa formation à l’ETHZ, avec un Master en biomedical engineering et en biomécanique. De retour en Suisse romande, il est engagé comme Project Manager chez Valtronic Technologies, une entreprise spécialisée dans les implants médicaux. « De l’implant urinaire à la stimulation cérébrale profonde, l’entreprise développait de tels dispositifs pour pratiquement toutes les parties du corps », explique-t-il.
Très tôt, deux domaines l’attirent : l’aéronautique et le médical. « Mon épouse est issue d'une famille de médecins, son frère et ses 2 parents. On s'est rencontré au milieu de mes études, cela a peut-être orienté mes choix. » L’aéronautique, en revanche, naît d’un souvenir d’enfance pour le moins inattendu :« J’ai découvert un jour un avion d’aéromodélisme crashé près d’une poubelle. Avec mon père, nous avons essayé de le réparer, sans succès. L’année suivante, j’ai reçu un avion à construire moi-même. Je pense que c’est aussi ce qui m’a donné envie de devenir ingénieur. » Plus tard, il passera même sa licence de pilote.
Amateur de défis, Guillaume se définit comme « multi-actif » plutôt qu’hyperactif. Triathlon, surf, ski-alpinisme, montagne : les disciplines s’enchaînent. Il a notamment participé à sept reprises à la Patrouille des Glaciers. « Mon souvenir le plus fou, c’était le vent à la Tête Blanche. Il était si violent que mon bâton, pourtant attaché à mon poignet, volait à l’horizontale. » Cela démontre un caractère pugnace couplé à une envie d’apprendre.

Ski-alpinisme, montagne, Patrouille des glaciers,
Guillaume aiment les sports qui challengent @ Guillaume Petit-Pierre
Après plusieurs années chez Valtronic Technology, Guillaume Petit-Pierre ressent le besoin de revenir à la recherche. L’opportunité se présente à l’EPFL, au Laboratoire des microsystèmes 4 (LMIS4) dirigé par Philippe Renaud, où il entame un doctorat en bioingénierie. « Quand je suis arrivé, mon premier objectif n’était pas de créer une start-up. Mais, sans le savoir, j’ai débarqué dans un laboratoire très proactif où quasi une personne sur deux recevait un Grant pour développer une idée et en faire une start-up. C’était presque une culture de labo. »
Parmi les jeunes entrepreneurs, il y avait André Mercanzini, un des fondateurs d’Aleva Neurotherapeutics, active dans le domaine de la neurostimulation. « Je l’ai considéré et le considère toujours comme un mentor. Il me disait : « Cherche le besoin médical, travaille avec les médecins, tu trouveras la voie. » Il m’a motivé à créer une société, Artiria Medical, fondée en 2019 avec mon ami et chercheur Marc Boers, lui aussi passionné par la medtech et l’entrepreneuriat. »

Guillaume Petit-Pierre et Marc Boers ont créé Artiria Medical
@ Alain Herzog 2026 - CC-BY-SA 4.
Guillaume Petit-Pierre suit ces conseils à la lettre. « Comme ma thèse portait sur la neurochirurgie, j’ai eu l’occasion de suivre des médecins à l’Hôpital cantonal de Genève HUG pendant plusieurs jours. Puis j’ai rencontré des neuroradiologues interventionnels. J’ai appris qu’il était possible d’opérer le cerveau en passant par l’intérieur du corps, pour mettre des stents ou enlever des caillots. »
La rencontre décisive a eu lieu à Lausanne, au service de neuroradiologie du CHUV, où le docteur Pascal Mosimann l’invite dans sa salle d’opération. « Une chirurgie neurovasculaire, ce sont dix personnes dans un bloc opératoire et une imagerie de précision extraordinaire : des rayons x qui montrent en temps réel l’évolution des produits dans la tête des patients. Et, étonnamment, malgré toute cette technologie de pointe, les médecins doivent ressortir leur guide-fil, qui leur permet de faire glisser des dispositifs jusqu’à la lésion, afin de le façonner à la main pour qu’il puisse suivre les circonvolutions du cerveau. Il était là, le besoin médical ! »

« On a commencé par modifier et améliorer un dispositif existant, en demandant même à des étudiants de l’EPFL de suivre plusieurs pistes. Puis, on a changé la technologie et développé un guide-fil mobile que l’on peut courber in situ grâce à une manette extérieure. SmartGUIDE est un peu un fil d’Ariane. D’une circonférence de 360 microns, il va établir une route entre l’extérieur du patient et la lésion que le neuroradiologue va soigner. »
En définitive, le métier d’entrepreneur permet à Guillaume Petit-Pierre de réunir tout ce qu’il aime, un univers fait de défis permanents, d’apprentissage continu et d’une grande liberté intellectuelle, sans jamais être enfermé dans un seul domaine. Le champ est vaste : relations, finance, stratégie, développement commercial. Travailler en étroite collaboration avec les médecins, comprendre les cadres réglementaires, constituer des dossiers extrêmement exigeants font partie intégrante du parcours. Ces démarches étaient indispensables pour obtenir l’autorisation d’utiliser pour la première fois le dispositif médical chez un patient. « J’ai même dû me former à la conduite d’études cliniques chez l’humain », ajoute l’ingénieur. La technologie a obtenu une autorisation de la FDA aux États-Unis en 2023, puis plus récemment la certification CE, garantissant sa conformité aux normes européennes.

et la lésion que le neuroradiologue va soigner @ Artiria Medical
« Je me souviens de l’opération du premier patient. Il y avait une tension palpable dans le bloc. Le docteur Paolo Macchi, directeur du centre de neurologie interventionnel aux HUG, était aux commandes, et tout s’est bien passé. Grâce à notre technologie, nous avons déjà traité 170 patients, qui avaient dans la tête des anévrismes qui auraient pu s’aggraver. »
« Je trouve le corps fascinant ! Si c’était à refaire, il y aurait de bonnes chances que je fasse médecine. C’est un métier fabuleux. On a un impact sur la vie et le bien-être. Aujourd’hui ce que l’on fait avec Artiria va exactement dans ce sens. Nous aidons des gens. »

Auteur: Sandy Evangelista
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