Animé par un désir de justice sociale ancré depuis l’enfance, Victor Cannilla suit une voie traditionnellement considérée comme « prestigieuse ». Diplômé d'un Bachelor de Physique et d'un Master d’Ingénierie financière obtenu en 2016, il commence sa carrière comme trader puis consultant, avant de se consacrer pleinement à ses préoccupations, en perçant dans une carrière académique axée sur la post-croissance.
Né à Lausanne, de mère portugaise et de père sicilien, dans une famille aux revenus modestes, Victor Cannilla développe une aisance en mathématiques et en physique, malgré un parcours scolaire parfois chaotique.
Alors que ses parents travaillent au Golf Club de Lausanne, il est décontenancé par les disparités de fortunes et l’arbitraire des statuts sociaux. Dès lors, la question des inégalités et du pouvoir restera au cœur de ses préoccupations.
Sans avoir trop de clarté sur son orientation, il opte pour un Bachelor en Physique à l’EPFL, songeant que cela lui ouvrirait de nombreuses portes.
« Accepter la perte de prestige social et laisser de côté une carrière lucrative toute tracée n’a pas été simple. »
Curieux, inspiré par des figures telles que le sociologue Jean Ziegler, professeur à l’Université de Genève et rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, il envisage un Master en sciences politiques. Il choisit cependant de rester à l’EPFL, dont la reconnaissance internationale le rassure, et rejoint le Master d’Ingénierie financière.
Son premier emploi en tant que trader algorithmique ne le convainc pas. Il constate à quel point les importantes dynamiques économiques et politiques sous-jacentes aux produits dérivés ne sont traités que par des signaux mathématiques, de façon artificielle et opaque.
Selon ses propres termes, il « se rééduque » alors en s’intéressant à l’économie hétérodoxe et à l’histoire des dynamiques impériales de l’Occident, qui remettent en question le courant économique dominant et sa formation en finance de marché.
Après avoir démissionné et renoncé à la finance, il poursuit son parcours en tant que consultant en stratégie chez Boston Consulting Group. Les recruteurs lui font miroiter la possibilité de travailler sur des sujets ayant un impact positif, mais il déchante rapidement.
« 90% des projets génèrent soit des réductions d’effectifs, des accélérations commerciales ou du greenwashing, 9% sont dédiés à des projets gouvernementaux à l’éthique discutable. Les projets à impact positif avec le WWF ou l’OMS, auxquels il a pu contribuer après beaucoup de persévérance ne représentent finalement que 1% de l’ensemble. »
Son scepticisme et sa colère grandissent face à l’« endoctrinement », qu’il a ressenti tout au long de son parcours, et l’absence de vision alternative. Il démissionne de BCG en 2021.
Six mois après, il suit des cours en ligne d’Ecologie politique et décroissance, proposés par l’Université Autonome de Barcelone. Il découvre également des groupes associatifs et militants, ainsi que d’autres écoles de pensées que celles enseignées à l’EPFL.
Il rencontre Julia Steinberger, professeure en économie écologique et écologie industrielle à l’Université de Lausanne, coauteure principale du GIEC et engagée politiquement. Victor, qui souhaite faire une thèse, la sollicite, et après avoir accompli un Master en économie politique du capitalisme à l’Université de Genève, il commence une thèse avec elle en 2023.
En parallèle à cette reconversion, il co-crée le collectif militant AG!SSONS en 2021 et lance une chaîne YouTube de vulgarisation, @Kraken Debrief en 2022.
Son doctorat se déroule à l’UNIL au sein du projet REAL. Celui-ci vise à étudier les politiques publiques et les transformations sociales nécessaires à une transition post-croissance juste, permettant à tous et toutes de vivre dans le respect des limites planétaires.
« Mon côté nerd apprécie l’approche théorique, mais je comprends que d’autres personnes cherchent un travail ayant un impact plus immédiat, direct ou visible. »
Victor Cannilla considère désormais une carrière académique, à condition qu’elle serve la société, qu’elle ne se limite pas aux technicités de la « tour d’ivoire ».
Il aime vulgariser la complexité de ce monde, diffuser les « chocs cognitifs » qu’il a lui-même ressentis en lisant ou en écoutant d’autres personnes.
S’il avait des conseils à donner à des personnes cherchant leur voie, il suggérerait d’être honnête avec soi-même, et de s’engager dans des carrières satisfaisantes intellectuellement et éthiquement, sans se limiter à des stéréotypes de réussite selon lui obsolètes.
Son chemin, sinueux et riche, ne peut qu’aider à requestionner nos propres parcours.

