Fondatrice de Swiss Youth for Climate, Océane Dayer, a longtemps été la porte-parole de la jeunesse suisse sur les questions climatiques. Aujourd’hui membre de la division affaires internationales de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), elle poursuit son combat, malgré les désillusions, dix ans après la COP 21.
Océane est élevée dans un « cocon de verdure ». Elle grandit dans le canton de Genève, dans la toute première coopérative d’habitations, la ‘‘Coop G’’, une vieille ferme protégée par l’UNESCO. Ce contexte, souligne-t-elle, a influencé ses relations aux autres, son « enthousiasme social », ainsi que son rapport à la nature et à l’alimentation.
Elle obtient une maturité bilingue, français-allemand, au collège de Candolle : « C’était une autre classe sociale que la mienne, je côtoyais les milieux très aisés de Genève. C’était enrichissant, j’ai appris à naviguer entre différents mondes. »
À l’obtention de sa maturité, en 2008, elle décide de prendre une année sabbatique, ne sachant quelle orientation choisir. Elle se tourne finalement vers le droit de l’environnement, désireuse d’être avocate par soif de justice, tout en souhaitant d’abord explorer une autre voie.
« Je savais qu’en étudiant uniquement le droit, il me manquerait une compréhension de ce qu’est l’environnement, de ce que cela implique. J'ai donc décidé de d'abord faire un Bachelor en Sciences et Ingénierie de l’Environnement à l'EPFL. »
Ce cursus confirme sa volonté de s’engager pour le climat : « J’y ai compris les problématiques liées au changement climatique et à l’effondrement de la biodiversité. J’ai pris conscience de l’ampleur du défi que cela représente pour notre société. »
Un stage dans un bureau d’ingénieurs en environnement confirme son pressentiment : elle ne veut pas poursuivre dans cette voie. Au terme de son premier Bachelor à l’EPFL, elle en commence un second en droit à Genève, mais renonce rapidement face à la longueur du cursus. Elle rejoint alors l’ETHZ et son Master Human Environnemental System, où elle découvre l’économie et le droit de l’environnement.
Son premier engagement concret se présente en 2015 pendant son Master. Océane se porte volontaire pour être Swiss Youth Representative auprès des Nations-Unis (Youth Rep) et accompagner la délégation Suisse lors de conférences internationales afin de représenter les voix de la jeunesse.
« Je pensais être envoyée à la COP21 où l’Accord de Paris sur le climat allait être adopté et qui se tenait la même année, mais cela n’a pas été possible sous prétexte que c’étaient des négociations trop techniques pour des jeunes. J’en ai été très déçue, on prenait les jeunes pour des idiots. »
Elle ne se démonte pas pour autant. Dans le cadre de son engagement en tant que « Youth Rep », elle met sur pied une délégation de jeunes suisses pour la COP21, afin d’aller à la rencontre des jeunes des autres délégations mondiales. C’est ainsi que naît Swiss Youth for Climate.
« On est finalement allé à Paris. C’est toujours émouvant pour moi d’y repenser, parce qu’on a vraiment cru qu’on vivait un moment pivot où une transformation forte de la société s’enclenchait. »
Aujourd’hui, à l’occasion de l’anniversaire des dix ans de l’Accord de Paris, la jeune fille en moi est un peu désillusionnée. Nous sommes encore loin des objectifs fixés en 2015. Je suis extrêmement inquiète, mais je suis également pleine d’espoir, le monde regorge de gens inventifs, courageux et engagés. Par exemple, après 10 ans, Swiss Youth for Climate existe toujours ! Il ne faut ni se laisser abattre ni abandonner.
À la fin de son master, désireuse de travailler à l’interface entre la politique et la science, Océane effectue un stage d’un an au sein de l’équipe politique du WWF Suisse. Elle s’y engage par la suite à long terme, en tant que responsable politique.
« J’ai beaucoup appris sur la politique suisse et ses possibilités. Nous faisions des plaidoyers auprès des parlementaires pour leur fournir les connaissances dont ils ont besoin pour prendre des décisions éclairées. L’équipe avec qui je travaillais était exceptionnelle. Mais après 8 ans, j’ai voulu vivre de nouvelles expériences. J’ai donc postulé à l’OFEV pour un poste en politique internationale. »
Elle se penche aujourd’hui sur les conventions internationales relatives aux produits chimiques et aux déchets. Également engagée dans le comité d’Expédition Futur, association qui conçoit des processus collaboratifs et accompagne l’élaboration de mesures dans divers milieux, (politiques, administratifs, scientifiques, …), Océane pense à se lancer dans la politique locale.
« Mon conseil est de vous engager dans ce qui vous fait vibrer. Trouvez un travail qui vous fera vous sentir privilégié, dans un métier qui a du sens et qui a un impact. »
Elle voue une affection particulière à la jeunesse qui s’engage, à laquelle elle tient à adresser un message : « Ne vous laissez pas dicter votre conduite par les attentes des autres, mais faites ce qui vous rend heureux. N'hésitez pas non plus à apprendre à cuisiner végétarien, il y a tellement de choix ! »
Photo by IISD ENB

