Portraits Durabilité 2026 — EPFL Alumni

Cédric Tomasini

Enseignant d’informatique · Gymnase de Bussigny

Un besoin de s’ancrer et d’agir localement

Formation

Bachelor en Systèmes de communication · Master en Humanités digitales, EPFL 2022

Activité

Enseignement de l’informatique

Domaine durabilité

Transmission et engagement local

Lieu

Bussigny, Suisse

Cédric Tomasini a obtenu son Master en Humanités digitales en 2022 après un Bachelor en Systèmes de communication. Face à un mal-être dans un environnement qui l’incite à développer énormément de technologie sans prendre le temps d’analyser les impacts locaux et personnels, voire à déshumaniser la réflexion, il choisit de se recentrer en développant son potentiel et celui des autres en enseignant l’informatique au gymnase de Bussigny.

Lorsqu’il intègre l’EPFL, Cédric Tomasini s’imagine faire de grandes choses. Pourtant, quelques doutes sont déjà présents. « J’ai rejoint l’École parce que l’informatique me plaisait, mais aussi sous la pression sociale et par conformisme, des amis avaient choisi cette section. »

Il ressent rapidement un décalage entre ses aspirations et les attentes du corps académique ainsi que les ambitions des autres étudiantes et étudiants.

« Lausanne est pour moi comme un océan de béton. J’ai grandi entouré de nature, au sein d’un village de 2500 habitants. Développer des innovations technologiques révolutionnaires qui allaient aider le monde entier me paraissait démesuré. »

Le peu d’espace offert à la pensée critique*, qui permettrait de se questionner sur les raisons de faire les choses, l’affecte aussi beaucoup. L’arrivée du Covid avec ses deux tiers de temps scolaires en ligne ne facilite pas non plus les échanges.

Heureusement, Cédric s’épanouit dans ses activités extra-scolaires. L’improvisation théâtrale au sein des troupes Impro Academy et Heidi de l’UNIL et l’EPFL dans lesquels il y trouve des valeurs collectives fortes, ainsi que les assistanats de cours, qui participent à sa découverte de l’enseignement.

Un stage chez Arcanite, entreprise informatique co-fondée par plusieurs alumni de l’EPFL, contribue également à lui redonner du souffle. « J’ai eu l'occasion en tant qu'employé de préparer des groupes de discussion sur la marche de l'entreprise, comme sur la semaine de quatre jours (qui n'a finalement pas été mise en place, mais cela avait permis de se poser la question ensemble) ou sur l'aménagement des locaux. Il y avait la possibilité de faire remonter des sujets. J’ai apprécié leurs valeurs simples et humaines. »

Deux autres évènements l’incitent à envisager une reconversion. D’une part le scandale de Cambridge Analytica, révélant l’utilisation illégale de données personnelles de millions d'utilisateurs de Facebook, complété par la lecture d’ouvrages comme L’âge du capitalisme de surveillance, de Shoshana Zuboff, le marque profondément.

D’autre part une conférence de Jean-Marc Jancovici, spécialiste des questions énergie et climat, à l’EPFL qui résume les risques socio-écologiques majeurs si nous ne changeons pas de trajectoire.

« Cela a changé ma vision du monde, en réaffirmant l’importance de l’intersubjectivité et en montrant l’impossibilité de faire disparaître nos corps pour répondre aux besoins d’une société hautement technologique. »

Son cursus se poursuit avec un doctorat reliant arts, psychologie et sciences. « Je suis allé en sciences de l’éducation et j’étais suivi par Simon Henein. J’aimais beaucoup les ponts qu’il faisait entre la recherche et l’improvisation en danse que j’avais entraperçu dans son cours d’Improgineering. »

Cependant, au bout de quelques mois, il ne se sent plus à sa place. Avec sa formation d’ingénieur, il n’avait pas le sentiment d’apporter quelque chose à l’équipe déjà en place.

Cédric met fin à son doctorat et s’inscrit à la HEP Vaud. « Ce diplôme a été bien plus gratifiant que les précédents. J’étais redescendu d’échelle et ça m’a fait du bien. »

Aujourd’hui enseignant, il ne regrette pas d’avoir renoncé à une carrière dans les sciences et la technologie. Il s’épanouit depuis 2022 auprès des 168 élèves qui composent ses 8 classes.

L’enseignement répond à son besoin de proximité et de se sentir utile.

« J’éprouve le plaisir de la connaissance pour elle-même. Elle permet de s’élever personnellement et ouvre de nouvelles possibilités. J’ai envie de transmettre cela désormais. »

Cédric continue de pratiquer par ailleurs l’improvisation théâtrale et un peu de danse improvisée, qu’il voit comme un travail d’effacement de soi au service du groupe.

« Si je devais donner un conseil, conclut-il, ce serait de ne jamais se trahir, de rester fidèle à ses valeurs. » Un principe qui a guidé ses choix et lui a permis de trouver sa voie.

*La pensée critique est l’une des compétences transversales clés dans le domaine de l’éducation à la durabilité, de plus en plus intégrée dans les réflexions curriculaires à l’EPFL.